Rapport sur la situation en matière de développement durable 2017 // Intervention d’Emeline Baume au conseil municipal de Lyon // 19 novembre 2018
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Toute les collectivités se prêtent à cet exercice obligatoire de présentation de ses politiques publiques au regard des piliers du développement durable.

Comme l’Adjointe le précise dans son éditorial, les manifestations des dérèglements de notre climat sont de plus en plus visibles, j’en citerai deux.

– Plus de sécheresse entrainant une tension des usages de l’eau ainsi que des incendies tenaces à répétition. Localement le 4 octobre dernier, le préfet du Rhône a placé « l’ensemble des cours d’eau du département du Rhône et de la Métropole de Lyon, à l’exception du Rhône et de la Saône en alerte renforcée » . Il s’agit d’un niveau 3 sur 4. Ce sont ainsi les usages agricoles qui sont gênés. La ressource en eau est à surveiller aussi au regard de la sécurité nucléaire compte tenu de l’impact du débit et de la température du Rhône pour refroidir les eaux issues des différents sites en amont et aval de Lyon.

– Plus de chaleur à l’origine de pollution atmosphérique avec des pics d’ozone et une gêne prononcée pour les habitants sans accès à des points rafraichissants. Si de l’entraide habitante s’organise et une veille en particulier vers les personnes âgées isolées se fait grâce aux structures d’aide à domicile ce n’est pas suffisant. Renforcer la végétalisation en ville, isoler les bâtiments de nos cités est incontournable c’est ce que nous avons porté dans le débat Plan Local d’Urbanisme, PLUH entre autres.

Ceci a conduit par deux fois lors des Marches pour le climat, des femmes et des hommes à interpeller et proposer différentes solutions afin de limiter le réchauffement climatique et ne pas subir de façon trop intense ces bouleversements tout autant que de ne pas laisser à nos suivants une dette écologique insurmontable. Rendez-vous est d’ailleurs donné le 8 décembre prochain pour renouveler l’appel à mobilisation de tous face aux enjeux.

Sur le fond je commencerai par trois suggestions.

1 – Le principal outil de changement de nos sociétés contemporaines libérales est la finance. Aujourd’hui et malgré nos sollicitations répétées, notre Ville ne s’est toujours pas coupée de ses partenaires financiers qui investissent dans le pétrole, le charbon et l’uranium. Avant la fin du mandat quelque chose sera t il fait ?

2 – Pour rester dans cette voie des outils à mobiliser pour s’inscrire dans une logique de Développement Durable : un des outils redonnant sa place à la monnaie et par ricochet à la finance existe sur notre territoire. Il s’agit de la Gonette. Certes notre Ville avec sa politique Economie Sociale et Solidaire soutient cette dynamique toutefois nous ne sommes pas formellement adhérent. Un acte de plus qui montrerait notre volontarisme.

3 – Si l’ensemble des services se mobilisent via des référents Développement Durable pour co-écrire ce document, il nous manque une objectivation. Nous avons bien lu et vu quelques indicateurs de suivi en fin de rapport mais c’est une mesure des impacts (carbone, social (au sens nombre de personnes engagées et impactées), financier…) des diverses actions qui favoriserait une lecture politique et donnerait à mesurer le niveau d’engagement la ville à agir ici et maintenant. Certes, il nous a été indiqué que cet exercice est en cours depuis l’an dernier avec un chercheur en économie de l’environnement et du développement durable. Alors les premiers indicateurs auraient par exemple pu être versés au grand public le 14 novembre dernier. Nous restons donc dans l’attente.

Pour revenir aux politiques publiques locales participant à une logique de développement durable je pointerai quatre interrogations.

1 – Le chapitre 7 du rapport nous présente la maitrise de l’énergie. Pour rester dans le registre de la mesure objectivable et compréhensible de tous : nous sommes désagrèablement interpellés par le recul de notre collectivité sur sa démarche de sobriété énergétique avec un passage de 9,5 % à 8 % de baisse de nos consommations. La donnée appelle une action urgente avec une série de propositions autour du diagnostic thermique de notre patrimoine, des pratiques de nos agents et usagers. Même si nous accueillons plus de monde et que nous avons plus de mètres carrés à gérer, il n’est pas possible de rester là sans partager ce constat et sans s’organiser pour inverser la tendance et tenir l’objectif des 3 fois 20 à horizon demain c’est à dire 2020;

2 – La « Fabrique à manger » est présentée dans le chapitre 6 de ce rapport. Cette démarche de coopération avec les acteurs de notre cité est remarquable et pertinente. Toutefois l’actualité nous rattrape et la semaine dernière une organisation de l’Economie Sociale et Solidaire de notre ville s’est déclarée en faillite administrative. Cette association est un acteur historique du territoire qui le premier a travaillé la question de la qualité des produits proposés à celles et ceux qu’elle accompagne ainsi que leurs implications.

Comment s’expliquer que nous ne parvenions pas avec nos politiques publiques locales a anticipé les difficultés de ces organisations répondant à un besoin fondamental : s’alimenter en offrant une alternative aux discounters ? La Paserrelle d’Eau de Robec a donné et partagé beaucoup de son expertise avec le CCAS de notre Ville et d’autres acteurs locaux. Les difficultés rencontrées par la Passerelle d’Eau de Robec ne sont pas celles d’une organisation mais celles de nombreuses structures engagées dans des démarches d’ESS à forte utilité sociale qui au regard des enjeux sociaux et environnementaux de notre territoire nous imposent d’agir. Que faisons nous maintenant, comment les élus de Lyon pèsent pour que la French Impact Métropolitaine accompagne ces organisations ?

3 – La chapitre 2 aborde les questions de Santé environnementale. Là encore l’actualité d’une structure lyonnaise au plan national nous conduit à être vigilant. Je fais référence au Registre des Malformations en Rhône Alpes dit REMERA dont les locaux sont dans le 1er et qui a bénéficié d’un tutorat en quelque sorte des Hospices civils. Le financement de cette structure est assurée pour 2018 et 2019. Notre ville doit s’engager pour que cette activité soit bien pérenne à l’avenir en lien bien sûr avec l’Etat et d’autres acteurs locaux. Le maintien de l’activité indépendante de cette organisation qui participe à l’objectivation de données sanitaires habituellement invisibles est indispensable comme lanceur d’alerte sur des phénomènes de santé inhabituels et pour lesquels les causes sont à étudier.

4 – L’exemplarité et l’éco-responsabilité de notre commande publique est soulignée à juste titre dans ce support. Si les élus écologistes saluent vivement ce travail et le respect de cet outil fondamental pour accompagner la transition nous vous interrogeons quant à notre exemplarité en terme de mobilité. En effet nous allons sans doute longuement aborder les objectifs et l’organisation de la Zone à Faible Emission atmosphérique. Qu’en est-il de la mobilisation de nos outils d’animation territoriaux type management de centre ville ou association de commerçants pour résoudre durablement la problématique du dernier kilomètre pour les livraisons très prégnante pour nos coeurs de quartier ? Qu’en est-il de l’accompagnement des professionnels se rendant au domicile de leurs clients ( aide à domicile, artisan du bâtiment, intervenant médical…) ne pouvant se passer d’un transport particulier ?

Les élu-e-s EELV rappellent que le principe de fonctionnement de notre pays est la redistribution organisée grâce à des levées d’impots. Il est essentiel de lutter contre les paradis fiscaux et «  taxer » le capital qui ne soutient pas le travail (impôt sur la fortune). Cette logique redistributive articulée aux changements de comportement de chacun accompagneront nécessairement une consommation responsable, une sobriété matière et énergie pour vivre maintenant mieux et préserver l’avenir de tous !

Après l’ensemble de ces suggestions et interrogations vous comprenez que ce qui nous anime c’est l’action locale collective aujourd’hui pour montrer une voie possible acceptable et pérenne pour tous, une action à la hauteur des enjeux climatiques.

Emeline Baume, Conseillère municipale Europe Ecologie Les Verts et apparenté-e-s de la Ville de Lyon

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