Pouvoirs donnés au maire pendant la pandémie // Intervention d’Etienne Tête au conseil municipal de Lyon //7 mai 2020
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Cette délibération est importante par son contexte plus que par son contenu, l’objet de ma démarche est de faire une analyse. Nos propositions seront formulées dans une autre intervention.

Depuis le début de la crise sanitaire, le Président de la République a construit son discours sur trois éléments : minimalisation de sa responsabilité, insuffisance des moyens mis en oeuvre pour la protection des habitants en France et une logique de levée progressive du confinement pour des motifs économiques.

Un constat évident : les dépenses aujourd’hui engagées sont sans commune mesure avec les économies supposées issues des choix qui avaient été faits dans la gestion des hôpitaux par la suppression de lits et dans les économies drastiques faites sur l’achat de matériel de prévention comme les masques. Ce qui s’est traduit par le retard et les insuffisances des mesures de prévention en France.  » Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter.  » Celle formule de 1905 a été abondamment reprise et déclinée. Au contraire déchiffrer l’inertie gouvernementale permet de mesurer la pertinence des solutions proposées aujourd’hui.

Si l’on fait le récit au jour le jour. Le 7 janvier, la Chine découvre une nouvelle forme de coronavirus.

Le 18 janvier, les autorités chinoises confirment les premiers cas de coronavirus.

Le 20 janvier, des cas sont signalés dans plusieurs pays d’Asie.

Le 23 janvier, Wuhan, 12 millions d’habitants, décrète le confinement. Cette réponse exceptionnelle démontrait dès le 23 janvier que la situation était exceptionnelle et que la transmission inter-humaine du coronavirus était certaine.

Le 2 février 2020, un nouvel hôpital est construit en 10 jours.

Le 11 février, la barre symbolique des 1 000 morts est franchie et l’Organisation Mondiale pour la Santé annonce que la situation est grave. Dans le même temps, en France, aucune mesure n’est prise : ni contrôle et/ou fermeture des frontières, ni prise de température ou test, ni recherche sur d’éventuels foyers d’infection. La France n’a eu aucune anticipation sur les réseaux de santé et sur l’insuffisance de lits dans les hôpitaux, sans parler de toutes les incohérences sur la question des masques, leur disparition et la reconnaissance que le discours sur l’intérêt des masques ne reposait que sur l’absence de ceux-ci. Seules les questions économiques conduisaient la politique du gouvernement.

Le 29 février, le gouvernement annonçait une série de mesures pour contenir l’épidémie, approche brouillonne à 15 jours des élections municipales. En particulier le semi-marathon de Paris est supprimé, mais pas les matchs de foot. Nombreux sont ceux qui ont évoqué les risques du match de ligue des champions OL-Juventus de Turin le 26 février 2020 à Lyon.

Le 4 mars, la Secrétaire d’Etat, Porte parole du Gouvernement, déclarait :  » au stade 3 de l’épidémie du coronavirus, on ne va pas arrêter la vie de la France. » Sa déclaration sur les masques est tellement ridicule qu’elle fait le tour des réseaux sociaux. Le 1er tour des élections municipales était maintenu alors que de nombreuses personnes en évoquaient les risques notamment pour des contaminations évidentes.

Enfin, trop nombreux sont ceux qui tiennent aujourd’hui un discours sur les risques économiques sans regarder les impacts sur la santé publique. Un long exposé serait nécessaire mais nous n’en n’avons pas le temps.

En revanche si d’aucun veulent polémiquer sur les évaluations, il est intéressant de comparer non pas le nombre de morts par rapport au nombre de personnes hospitalisées mais le nombre de morts par habitant entre les pays. La France est très mal placée le 6 mai 2020. L’Espagne compte 54 morts pour 100 000 habitants, l’Italie 49, le Royaume Uni 45, La France 38, les Etats Unis 22, la Chine 0,33. Particulièrement significatif, le retard de l’Angleterre a eu pour conséquence le triste passage de la 4ème à la 3ème place pour la mortalité. Dans ce triste podium des 5 pays les plus contaminés, ce sont les 2 pays qui confinent le moins à savoir les Etats-Unis et l’Angleterre qui observent la croissance la plus rapide de leur taux de mortalité.

Pour le déconfionement, la levée des mesures trop rapides pourrait entraîner une résurgence mortelle de la pandémie a prévenu le chef de l’OMS. Le déconfinement repose sur une théorie de l’immunité collective. Cette théorie s’en rapporte à l’idée que lorsque 60 à 70% de la population est contaminée, chaque individu sécrète des anticorps conférant une immunité collective. L’hypothèse repose sur le fait que le covid 19 entrainerait une immunité solide pendant un temps suffisant. Cette hypothèse n’est pour l’instant pas vérifiée. Quel est le pourcentage des français immunisés ? Il est pour l’instant inconnu. Aujourd’hui plus personne ne croit à la thèse de l’immunité collective et on nous propose une hypothèse de déconfinement.

Le 1er Ministre a posé devant l’Assemblée nationale plusieurs conditions notamment en matière de tests. Il est utile de revenir sur les propos ambigus du 1er Ministre notamment sur le seuil de 3 000 nouveaux cas par jour qui est de 2 000 actuellement. En effet, c’est une période où il faudrait 700 000 tests par semaine à partir du 11 mai. Or, aujourd’hui la réalité est extrêmement différente si on prend les chiffres qui nous ont été donnés. Nous avons réalisé depuis le début de la crise moins de 600 000 tests en 2 mois. Aujourd’hui nous n’avons toujours pas la preuve des 700 000 tests par semaine promis par le 1er Ministre.

En ce qui concerne les masques, aujourd’hui on ne peut rien faire si on n’a pas une sécurité totale et l’isolement des personnes dont la suspicion de contamination est avérée. En ce qui concerne les écoles, un avis scientifique a été donné par le conseil scientifique qui après avoir déconseillé leur ouverture, s’est rallié à l’avis du Président de la République.

Enfin un dernier exemple des incohérences. On nous annonce que les habitants de l’espace Schengen et de l’Angleterre pourront rentrer sans aucun difficulté en France, alors que la plupart des citoyens français ne pourront pas dépassés 100km à l’intérieur de la France.

Aujourd’hui le conseil scientifique nous annonce dans un rapport de 30 pages que l’immunité collective n’est pas atteinte et que les tests n’ont pas encore atteint leur niveau de fiabilité. En conséquence, nous pensons aujourd’hui que la réflexion sur les bonnes conditions du déconfinement doit se poursuivre car nous sommes dans un flou assez important.

En revanche dans cette délibération qui concerne les pleins pouvoirs donnés au maire et hautement symbolique de ce contexte de l’état d’urgence sanitaire, nous nous abstiendrons.

Etienne Tête, Conseiller municipal Europe Ecologie Les Verts de la ville de Lyon

Une réflexion au sujet de “Pouvoirs donnés au maire pendant la pandémie // Intervention d’Etienne Tête au conseil municipal de Lyon //7 mai 2020

  1. Salut Etienne et merci pour ton intervention…
    Tout nous montre actuellement, que collectivement sur le Corona, nous ne savons pas grand-chose, sauf qu’il tue, plutôt des gens malades.. ou et vieux.
    Que les moyens pour lutter contre cette pandémie, relèvent plus du flicage, de la culpabilisation, que de techniques médicales. Une façon démocratique de gérer le problème, eut peut-être été qu’on laisse le libre choix de retrait au travail pour ceux qui le sentait, de libre circulation pour les autres en pleine connaissance de la situation. Ce gouvernement ne donne vraiment pas confiance!

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