Pandémie du Coronavirus // Intervention d’Emeline Baume au conseil du 1er arrondissement de Lyon // 14 avril 2020
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Madame la Maire, cher·e·s collègues, mesdames, messieurs qui nous écoutez et regardez derrière vos écrans,

Si les écologistes ne sont pas en tant qu’élu·e·s en situation de gestion ici dans le 1er arrondissement, à la Ville de Lyon, à la Région et au gouvernement, nous avons dès le 17 mars exprimé des points de vue et, porté et mis en oeuvre des solutions pour vivre dignement dans un quotidien confiné en tant qu’habitant·e, bénévole d’association, entrepreneur·e, chercheur·e etc. 

J’en cite là quelques unes.

Tout d’abord un propos global : cette crise sanitaire est un élément d’une vaste crise écologique planétaire qui modifie durablement les équilibres du vivant. Jusqu’à présent la croissance garantissait dans certains pays la redistribution et la paix sociale, elle guidait les décideurs. Là, les mêmes décideurs ont tranché : confinement, test, vaccin. Dans le même temps mais les médias l’ont peu relayé : déficit pluviométrique et hausse des moyennes de température. Cette crise sanitaire révèle une fois de plus l’urgence à changer de modèle et à intensifier les liens «  de qualité » entre nous !

Concernant les aspects strictement sanitaires

Un outil reste peu investi : le test. En tant que Présidente du groupe des écologistes j’ai sollicité dans la continuité de l’interpellation de la députée Delphine Batho, le Maire de Lyon afin de l’inviter avec les Hospices Civils de Lyon qu’il préside à organiser ce dépistage en tout particulier pour les plus vulnérables d’entre nous.

Autour de nous et en particulier dans notre arrondissement des créateurs et des couturier·e·s fabriquent un autre outil fort utile : le masque. Notre mairie d’arrondissement, lieu de proximité, dans la perspective d’un déconfinement partiel ou total doit pourvoir regrouper et faciliter la diffusion.

Les écologistes rappellent que celles et ceux qui sont les plus exposés ou/et le plus sollicités sont souvent avec un statut, un emploi peu protecteur : quels messages, quelles réponses seront données à ces salarié·e·s ?

Concernant les aspects sociaux

Comme l’indiquait le premier communiqué de presse national d’Europe Écologie Les Verts, le 17 mars, cette crise met en exergue, amplifie et accentuera les inégalités sociales. 

Localement les élu·e·s écologistes ont interpellé le Préfet et le Président de la Métropole au sujet de celles et ceux qui sont dans des situations d’  » accueil  » indigne que ce soit des squats ou des hébergements familiaux ou d’entre-aide trop petits afin que ces jeunes, ces familles soient mis à l’abri correctement le temps de cette crise. Nous avons en particulier proposé que l’ancienne clinique du Tonkin de Villeurbanne ainsi qu’un ancien hôtel rue Professeur Calmette dans le 3ème soient investis. Bien entendu, les régulariser est essentiel !

Pour celles et ceux qui ont un logement, il reste d’autres besoins du quotidien parfois difficilement accessibles : l’alimentation, l’information, l’éducation par exemple. 

Soucieux de soutenir les producteurs locaux les élu·e·s ont demandé plusieurs fois au Maire de Lyon le maintien des marchés alimentaires de producteurs. Des alternatives sont mises en place. Toutefois ces dernières imposent le recours au numérique. Spontanément des associations ont lancé des initiatives d’entre-aide pour l’accès au numérique (je pense à l’AFEV). Là encore, aucune institution n’a su mettre en place un appui téléphonique à ces nouveaux usages peu usités pour certain·e·s. C’est une de nos demandes, là encore au Maire de Lyon, y compris pour l’accompagnement des familles, des jeunes pour la fameuse continuité pédagogique. 

Pour rester sur les enjeux liés au bien-être de nos enfants. Là encore, les inégalités sont fortes et les dispositifs faibles. Certes des numéros existent pour les violences intra-familiales. Je citerai l’École des parents (une association) et Pascal Blanchard qui reçoivent les appels de pères et de mères pour guider et accompagner dans cette période inédite de confinement. Les élu·e·s écologistes souhaitent que dans la perspective d’un déconfinement la Ville garantisse des activités collectives cet été, adaptée à la canicule afin que chaque petit·e lyonnais·e puisse revivre du collectif bienveillant dès la fin du déconfinement. Enfin certaines familles devraient recevoir des paniers de fruits et légumes de saison pour garantir l’équilibre nutritionnel qui jadis était trouvé avec le repas de la cantine. 

Concernant les aspects économiques

Mon propos devant nécessairement être court, je me concentrerai sur les mesures exprimées publiquement par les écologistes.

A l’échelle européenne, dans le cadre du green new deal, il faut interdire les produits financiers adossés aux énergies fossiles ce qui orientera les investissements vers une souveraineté alimentaire et industrielle à l’échelle européenne et un raccourcissement des chaines de valeur, bénéfique pour l’environnement et les travailleur·se·s.

A l’échelle nationale, il faut maintenir l’interdiction des ventes à découvert de l’Association des Maires de France du 18 mars et y articuler une taxation sur les transactions financières. Dans le même registre financier, à l’échelle locale, il faut se doter d’un outil financier cumulant épargne citoyenne et investissement public pour soutenir des activités productives locales correspondant aux besoins des habitant·e·s et par la même soutenir la demande et non l’offre.

A l’échelle nationale, il faut modifier le code des marchés publics afin que l’achat public puisse être local ce qui assurera un levier conséquent sur notre territoire pour des achats publics responsables socialement et locaux.

Chercheur·e·s , groupes de réflexions, beaucoup de français·e·s font part de solutions de bon sens pour quitter cette économie prédatrice en ressources (naturelles et humaines). Prendre le temps de les écouter, de débattre dans nos assemblées locales et nationales est essentiel. J’en terminerai ainsi sur les questions démocratiques et de gouvernance.

Face à la crise sanitaire quelques uns décident avec les risques de clientélisme et d’autoritarisme liés. J’en appelle à la vigilance de chacun·e. Demain à la reprise, pour la transition, nous devons penser, organiser et agir ensemble démocratiquement. Si je ne lis pas dans les boules de cristal pour les prochaines échéances permettant le renouvellement démocratique de nos assemblées d’arrondissement, à la Ville et la Métropole de Lyon, j’insiste sur la nécessité de remettre l’éducation populaire et citoyenne au coeur de nos politiques publiques locales.

En effet des enfants, des jeunes, des adultes en proximité ayant l’habitude d’argumenter et débattre, d’agir ensemble, de découvrir, comprendre et mettre en oeuvre nos lois et autres textes régissant notre société française libre, solidaire et fraternelle : c’est l’outil le plus puissant pour la résilience de nos territoires.

A mon sens, la crise du Covid ne nous fait pas voir la crise écologique, elle nous fait voir plutôt notre insouciance face à cette crise. Puisqu’il a été répété pendant des années qu’au nom de l’économie, de la croissance, etc on ne pouvait pas changer de modèle, alors qu’on arrête tout pour une épidémie. Epidémie terrible, mais qui nous fait oublier la gravité de la menace qui pèse sur nos existences. Ces derniers jours ont été les plus chauds jamais enregistrés dans l’histoire de la météo en France, on n’a parlé que du non respect du confinement, de la courbe des contaminations, de l’irresponsabilité des cyclistes, etc. Pourtant il ne s’agit pas que de météo, nous le savons, les moyennes enregistrées, dans les températures et le déficit pluviométrique, tout indique un changement critique de notre cadre de vie et il est urgent de nous préparer à cette crise là. Car on ne pourra pas y répondre en achetant des masques à la Chine, en recherchant un vaccin, ou en confinant la population.

Emeline Baume de Brosses, conseillère Europe Ecologie Les Verts du 1er arrondissement de Lyon