Contrat Enfance Jeunesse de Lyon // Intervention d’Emeline Baume en conseil municipal // 19 décembre 2019
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Pour les écologistes, les dépenses publiques comme celles de ce nouveau Contrat Enfance Jeunesse doivent être considérées comme un investissement incontournable.

James Heckman, Prix nobel d’économie en 2000, a démontré à partir d’arguments théoriques et d’observations de plusieurs démarches et projets menés auprès d’enfants de 0 à 5 ans aux Etats Unis, que les dépenses publiques pour l’enfant sont des investissements rentables à moyen et long terme. En effet, la rentabilité des investissements publics dans l’éducation décroît fortement en fonction de l’âge des enfants bénéficiaires, depuis la petite enfance jusqu’à l’enseignement supérieur. A l’époque, via sa courbe dite d’ « Heckman », il montrait qu’un dollar permettait d’économiser 2,3 dollars à plus long terme.

Il existe un fort consensus scientifique, vous trouverez de nombreux rapports relevant tant de la socio-économie que des neurosciences, sur l’importance d’investir la petite enfance pour le développement futur de l’enfant, comme sur la nécessité de l’intervention publique. Mais le coût de ces interventions est trop souvent l’un des principaux freins à leur déploiement. 

Notre Ville avec un prix du foncier qui s’envole, articulé à la contrainte budgétaire imposée par le gouvernement, pour ne citer que ces 2 aspects, doit mettre en place des stratégies pour agir dans l’ensemble des arrondissements.

Les écologistes ont bien observé que, depuis quelques années, deux tendances se dégagent en terme d’accompagnement à la parentalité et d’accueil du jeune enfant.

  • Pas assez d’investissements dans de nouveaux Espaces publics d’Accueil des Jeunes Enfants, au regard des arguments avancés juste avant. Ce quatrième Contrat Enfance Jeunesse positionne 5 nouvelles crèches dans des arrondissements en constante évolution avec des programmes immobiliers accueillant des couples avec jeunes enfants. Lorsque le rapport de la Chambre Régionale des Comptes nous indiquait qu’à horizon 2026 il faudra 165 classes de plus par rapport à 2016, on peut très certainement faire le parallèle avec les objectifs de ce contrat enfance jeunesse et dire qu’avec 211 nouvelles places, et pas de structures collectives, la Ville sera loin de répondre aux besoins de vie collective favorisant la mixité dès le plus jeune âge en cœur de quartier ainsi que le bien être de l’enfant.
  • Un parti pris pour des lieux de regroupement pour vivre des temps collectifs, c’est bien, que ce soit pour les professionnels ou pour les enfants avec les Relais d’Assistant-e-s Maternel-le-s. Même remarque que précédemment, seulement deux nouveaux lieux pour ce Contrat Enfance Jeunesse, cela risque d’être court.

De notre point de vue ces choix ont comme conséquence que les foyers qui en ont les moyens, et soucieux de trouver un accueil collectif, se tournent vers la sphère privée très lucrative et son offre de micro-crèches privées. La lucrativité a été pointée par un rapport conséquent de l’Inspection Générale des Affaires Sociales en 2017. Ce rapport concluait d’ailleurs qu’en cumulant toutes les aides et soutiens publics, de la défiscalisation pour les famille en passant par les soutiens des allocations familiales, les micro-crèches privées coûtent plus chères à la sphère publique qu’un Espace d’Accueil des Jeunes Enfants local ! 

Nous tenons alors à attirer votre attention sur plusieurs solutions.

  • Une première structurelle : l’Union Européenne ouvre la possibilité d’accompagner des acteurs de l’économie sociale et solidaire locaux pour construire par exemple une plus grande offre d’accueil du jeunes enfants. La Ville doit utiliser ce dispositif de « SIEG », service d’intérêt économique général, pour répondre aux besoins des parents.
  • Une seconde essentielle pour le bien être au travail et la qualité d’accueil de l’enfant : les médecins sont tenus à une obligation de formation continue afin de réactualiser leurs connaissances, pour répondre au plus près des besoins de santé de leurs patients. Les évolutions sociétales à l’oeuvre ainsi que les nouvelles connaissances en matière de neurosciences par exemple imposent que les professionnel-le-s de la petite enfance bénéficient de ces mêmes dispositifs et ce par le biais de leur adhésion active au sein d’un Réseau d’Assistantes Maternelles. La loi « ESSOC » de Mai 2019 aborde ainsi largement cette question de l’analyse des pratiques. Bien entendu ce point va de pair avec la création de plus de relais que ce qui est évoqué pour ce Contrat Enfance Jeunesse.
  • Une troisième qui a trait aux nombreuses questions liées à la parentalité que vous traitez avec les lieux accueil parents. D’autres lieux dits « de transition » entre le domicile familial et la crèche ou l’école maternelle favorisent l’attachement, la pratique d’activités pour se connecter à soi, aux autres voir même à la nature. A Lyon les ludothèques associatives jouent ce rôle. Les structures d’éducation populaire aussi. Une maison de la parentalité à venir dans le 3ème arrondissement, c’est très bien ! La Ville doit amplifier ceci et s’assurer que les structures offrant ces espaces de rencontres, de dialogue, de partage dans l’hyper proximité du quartier soient maintenues et accompagnées dans leurs développements.
  • Enfin un quatrième et dernier point : le contact avec la Nature, le vivant ainsi que l’eco exemplarité ou responsabilité des structures. Contrairement à certains pays d’Europe du Nord, nos enfants urbains ne touchent que très rarement la terre, les arbres, les feuilles. Les contraintes imposées aux professionnel-le-s et l’approche hygiéniste ou esthétique de certains parents font que nos enfants sont coupés de la nature. Combien de familles ont les moyens ou le réflexe d’une balade le week-end, de vacances à la campagne au lieu de consommer des écrans et d’autres loisirs d’intérieur ? L’école de service social de Vaise s’est penchée sur le sujet en faisant intervenir Tej Moller le 11 octobre dernier présentant ainsi le modèle éducatif scandinave. Notre ville compte un fleuve, une rivière. Elle se situe dans un territoire extraordinaire. Pourtant combien de structures d’éducation populaire peuvent compter sur le soutien de la Ville pour favoriser de telles sorties nature ? A quand des cours de crèches et d’écoles maternelles avec de la terre et du petit jardinage .

Monsieur le Maire, ce Contrat Enfance Jeunesse pour sa partie petite enfance est a minima. Nous le votons et l’amenderons ! Les écologistes comptent investir pour une enfance et une parentalité bienveillante, connectée à la nature et pour tous.

Emeline Baume, Présidente du groupe des élu-e-s Europe Ecologie Les Verts et apparenté-e-s de la Ville Lyon