Rapport développement durable 2016 de la Ville de Lyon // Intervention d’Etienne Tête au conseil municipal // 17 novembre 2017
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La Terre que les hommes occupent présente des limites :
– des limites de matières premières comme les énergies fossiles ;
– des limites de capacité d’absorber les déchets comme la production des gaz à effet de serre.

Plus simplement une croissance économique fondée sur l’augmentation de la production et de la consommation conduit nécessairement à plus ou moins long terme à une situation catastrophique pour les hommes.

La réflexion qu’il y ait une limite à la croissance n’est pas en soit une idée nouvelle, le concept est apparu très rapidement dans les années soixante. L’essentiel des inquiétudes qui investissent les grandes conférences internationales est connu depuis longtemps : le réchauffement climatique, la production des gaz à effet de serre, la disparition du pétrole et des matières premières, la malnutrition de populations de plus en plus nombreuses.

La publication du livre « halte à la croissance » en 1972 n’a pas été un travail de militance, sa diffusion n’a pas été confidentielle dans quelques librairies libertaires. L’éditeur était Fayard. La préface était de Robert Latés. Il s’agit d’un rapport sur les limites de la croissance, rapport Meadow, établi au MIT (Massachusetts Institut of Technology) par une équipe de chercheurs internationaux.

La question qui est posée au XXIème siècle n’est pas la connaissance des menaces technologiques infiniment grandes générées par la société industrielle occidentale mais pourquoi cette connaissance n’investit pas la sphère politique pour transformer les orientations fondamentales du développement de nos sociétés ? Le constat est implacable. Notre société s’enfonce dans une conjonction d’une succession de crises : écologique, énergétique, alimentaire, financière, économique et sociale.

Mais avec l’introduction de ce débat sur le rapport sur le développement durable, j’ai observé que nous avions beaucoup de mots et c’est pour cela que les mots tuent les chiffres, et quelques chiffres sont pertinents.

Nous sommes 7,33 milliards d’êtres humains sur Terre, nous avons toujours dit que si chacun avait notre mode de vie occidentale, il faudrait trois à quatre planètes, or nous n’en avons qu’une. Quelle sera la solution ? Laisser toute une partie de la population mondiale dans un état de dénuement ou au contraire prendre enfin à bras le corps le vrai débat de la démographie.

Deuxième remarque, des millions de personnes souffrent de la faim dans le Monde.

La production de gaz à effet de serre reste en croissance mondiale, nous sommes en moyenne à 5 tonnes de CO2 par habitant, même si quelques signes sont intéressants au niveau de la France.
Certes il y a toujours pire ailleurs, il y a une quinzaine de jours était publiée dans La Croix la situation catastrophique en Inde pour la pollution à New Delhi où l’équivalent de ce que respire un habitant chaque jour est de quarante paquets de cigarettes.

Nous pouvons encore dire qu’en France nous ne sommes pas forcément mieux lotis, nous produisons 120 tonnes de déchets nucléaires par an dont on ne sait pas quoi faire.

Toujours dans un rapport récent, le volume des matières premières extraites dans le Monde a triplé en quarante ans. La quantité est passée de 22 milliards de tonnes en 1970 à 70 milliards de tonnes en 2010, alerte le Programme des Nations Unies pour l’Environnement dans une publication du 20 juillet 2016. C’est bien sûr les pays riches qui consomment le plus.

Etait publiée encore en juillet 2017, une analyse alarmante de chercheurs qui établissent la sixième extinction de masse des animaux qui s’accélère. Les chiffres sont catastrophiques et je vous en donnerais trois simplement pour vous donner la force des symboles :
– 32 % des espèces de vertébrés voient aujourd’hui leur population décliner ;
– 40% des populations de mammifères ont vu leurs aires de répartition baisser de 80% entre 1900 et 2015 ;
– 43 % des lions ont disparu depuis 1993, il en reste environ 35 000.
Nous avons vécu en 2016, la plus grande déforestation de l’histoire de l’humanité.
En France, 600 000 pauvres de plus en dix ans, de 2005 à 2015, les rapports officiels établissent ce chiffre.
Encore récemment publié dans Le Monde, le cri d’alarme de plus de 15 000 scientifiques sur l’état de la Planète. Ce qui n’est pas sans rappeler la déclaration de Jacques Chirac : « quand la maison brûle, beaucoup tournent la tête ». Et bien je crois que notre rapport développement durable reste quand même dans cette logique de tourner la tête.

Alors certes, on va faire du contraste et on va lire quelques chiffres intéressants du rapport, mais pour montrer aussi la portée des chiffres

Cette année 2016, signalons des chiffres tout à fait positifs.
– 217 commerces labellisés Lyon Ville Equitable et Durable.
– 200 km de réseau cyclable dont 50 km faits en 2016. Les double sens cyclables sont un avancement significatif. Rappelons que l’objectif est d’arriver à 300 km dans le mandat.
– On passe de 74 à 161 carrefours équipés de « cédez le passage » cyclistes. Là aussi un avancement important.
– 118 km de zones apaisées (zones 30, zones de rencontre et aires piétonnes), mais la demande reste très forte pour leur développement sachant qu’il y a quelques années tout le monde était contre cette démarche proposée par Europe Ecologie Les Verts.
– 420 000 m2 construits à Confluence (ZAC 2) dans une démarche labellisée WWF. Il faut reproduire ces démarches sur d’autres quartiers, dont Part-Dieu.
– 6 marchés alimentaires consacrés au bio et local, c’est bien en attendant que nous développions une vraie autonomie alimentaire sur notre métropole.
– 32% d’aliments d’origine biologique dans la restauration scolaire c’est bien, mais comme nous l’avons déjà dit nous souhaitons une meilleure performance pour le nouveau marché.
– Sensibilisation au tri des déchets lors de 54 manifestations sur le domaine public, c’est bien mais on ne va pas encore assez vite dans la collecte des déchets fermentescibles, et plus globalement il est regrettable que l’on ne tourne pas plus vite la page de l’incinération des déchets.

Mais la question qui se pose est : est ce que l’on va se sauver tout seul ? Et la réponse est non. Nous devons aujourd’hui prendre de nouvelles mesures, parce que dans un monde qui bouge si nous n’avons pas cette modernité de repenser le Monde dans les limites de la croissance. Nous irons à notre perte collective. Nous ne pouvons pas mesurer l’avenir du Monde à notre seul avenir personnel.

Etienne Tête, Conseiller municipal Europe Ecologie Les Verts de la Ville de Lyon

3 réflexions au sujet de “Rapport développement durable 2016 de la Ville de Lyon // Intervention d’Etienne Tête au conseil municipal // 17 novembre 2017

  1. bonjour,
    Pas encore vu le rapport DD de la Ville pour 2016. mais dans les commentaires d’Etienne Tete, plusieurs points semblent se rapporter à la politique de la Métropole et pas de la Ville : voiries cyclables, constructions neuves a Confluences, et sensibilisation au tri des déchets : la Ville a t-elle appuyé ces initiatives? Et quelles sont les demandes et propositions d’EELV au conseil municipal sur ce plan ?

    1. Oui, la ville travaille avec la Métropole sur plusieurs de ces questions. Les élu-e-s EELV interviennent régulièrement, entre autres, pour demander une rallonge financière au Plan Climat interne de la ville dont nous savons d’ores et déjà qu’il atteindra ses objectifs 2020. Les élu-e-s interviennent dans leurs arrondissements tant pour les aménagements cyclables et/ou encore les jardins partagés et les composteurs collectifs. Même si nous trouvons et nous exprimons que l’on pourrait aller plus vite encore.

  2. Super ton texte Etienne… Il propose d’entrer dans la réflexion en se basant sur une réalité mondiale, qui est d’une part la consommation effrénée d’une minorité et d’autre part d’une augmentation énorme de la population terrestre.
    Il démontre bien que les habillages écologiques que les sociétés riches mettent en place, ne sont qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Que représente le tonnage de matériel recyclé par rapport au matériel que l’on consomme globalement ? Tout ce travail de recyclage n’est qu’un habillage superficiel justifiant nos activités polluantes et pour partie inutiles.. Avec beaucoup plus de moyens humains et financiers, il pourrait éviter des extractions supplémentaires, des conflits armés, en bref des gaspillages .
    Par ailleurs, Ii ne faut pas oublier que 1% de la population mondiale vivent avec 50% des richesses mondiales et que les 99% restants voudraient bien vivre comme ces 1%…
    Donc, ton texte me donne le vertige, mais c’est bien d’essayer d’avoir une vision globale pour comprendre ce qui nous arrive à court et moyen terme.
    Ce texte me fait bien comprendre que l’écologie est utilisée actuellement par la classe dirigeante, comme au XIX ème siècle les bourgeoises le faisaient en s’occupant des indigents, pour donner bonne conscience et bonne image à l’ensemble des acteurs pollueurs de notre temps.
    Bien à toi. Jean-François.

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